Privés de leurs revenus depuis le début de la crise sanitaire, les acteurs de la vie culturelle tourangelle, notamment les intermittents du spectacle, déjà dans une situation précaire, voient leur situation tant financière, que psychologique et sociale, se dégrader.

 

Par Amaël Aubry & De La Lande Mattéo, la Fabrique de l’Info, lycée Grandmont, 19/05/2021.

Prenez une poignée d’intermittents du spectacle, rejoints par quelques autres travailleurs précaires, une pincée de sel de la protestation, notamment contre la réforme du chômage qui baissera leurs indemnisations, ajoutez-y une louche sur le besoin du prolongement de l’année blanche des aides, puis une autre sur la volonté de soutenir la vie culturelle et « d’organiser sa défense » ; faîtes reposer le tout pendant 2 mois, et voilà un beau Grand Théâtre de Tours rempli de plusieurs dizaines de personnes, réunies au sein du « Collectif d’occupation du Grand Théâtre ».

L’opération a débuté le 12 mars 2021, elle se poursuit dans ce haut lieu de la culture de la cité ligérienne, qui accueille l’orchestre régional et l’opéra.

A l’intérieur ; création de tracts, d’affiches, des débats, un peu de musique, de la politique, des idées, de la protestation… Cela a été également le cas dans d’autres théâtres de Tours, comme l’Olympia, aujourd’hui libéré.

Image Théâtre

Le Grand Théâtre est occupé depuis le 12 mars par les intermittents du spectacle opposés à la réforme de l’assurance-chômage.
© (Photo archives cor. NR, Romain Gibier)

Cependant cette occupation provoque un léger haut le cœur, parce qu’elle a un coût : 5000 euros par jour que le Grand Théâtre prend sur son budget annuel, alors qu’il n’a plus de recettes de billetterie. Il s’agit des charges courantes, et surtout de la sécurité du bâtiment, assurée 24/24 par une société privée de gardiennage, employant 1 gardien le jour et 2 la nuit. Selon le directeur de l’établissement, Laurent Campellone, « On ne pouvait pas laisser les portes d’un bâtiment public ouvertes nuit et jour, sans savoir qui est à l’intérieur. Nous devons assurer la sécurité des occupants et l’intégrité de ce bâtiment classé monument historique. »

Nous étions également passés à deux doigts d’une « libération forcée » du site, après que le mouvement a légèrement flanché, quelques semaines auparavant, mais cela était sans compter sur le soutien des élus locaux et de la mairie de Tours, solidaires des intermittents.

Malgré cela, la direction a demandé la libération de la grande salle de spectacle, qui a débuté jeudi 6 mai 2021. L’évacuation se fait petit à petit, afin de préparer la réouverture des salles de spectacles et théâtres. Les intermittents promettent de maintenir leur occupation, mais sans toutefois gêner les salariés qui préparent la réouverture : « Nous n’empêcherons personne de travailler », explique le collectif. Jusque-là, il n’y a pas eu de heurts malgré la tension présente. C’est ce que salue le directeur Laurent Campellone : « Tout en portant leurs revendications avec détermination et engagement, ces gens l’ont fait dans le respect des agents et des lieux ».

Mais le collectif ne compte pas s’arrêter là. Après une assemblée générale tenue le 16 mai, l’occupation du Grand Théâtre s’est allégée : les intermittents en colère sont présents le jour dans une salle de répétition, la nuit ils occupent la salle Ockeghem place Châteauneuf à Tours. Ils réchaufferont les plats lors d’une manifestation samedi 22 mai.